02/12/2009

Marché du travail allemand : état des lieux



La relative bonne tenue du marché du travail allemand face à la crise doit beaucoup aux réformes menées au cours des années 2000 et suscite de plus en plus d’intérêt dans le monde. Cependant, le pays se retrouve aujourd’hui confronté à la forte progression du nombre d’emplois précaires et à un déficit démographique structurel qui nécessitent de nouvelles mesures. C’est le constat relevé par Catherine Stéphan, économiste au sein du groupe BNP Paribas, dans une étude détaillée du marché de l’emploi en Allemagne.

Une faible progression du chômage qui attire l’attention

La progression du chômage est restée faible, en Allemagne, au regard de la contraction du PIB observée depuis la fin de 2008. Le taux de chômage s’est établi à 8,1 % en octobre, en repli de 0,1 point par rapport au mois précédent. Le nombre de chômeurs a néanmoins augmenté de 241 000 depuis octobre 2008. L’emploi est, également, orienté à la baisse depuis novembre 2008 (123 000 postes ont été détruits).

Confronté à l’effondrement de l’activité à la fin de 2008 dû à la crise, le gouvernement allemand d’Angela Merkel a assoupli les conditions de recours au chômage partiel. Celui-ci prend désormais en charge la moitié des cotisations de sécurité sociale et la totalité si le salarié suit une formation. En outre, la durée durant laquelle les entreprises peuvent bénéficier des aides de l’Etat est passée de 12 à 18 mois en 2008 puis à 24 mois à partir de juillet 2009. Des mesures qui ont permis de contenir la hausse du chômage.


Intervention de Catherine Stéphan et Frédérique Cerisier sur la situation économique en Allemagne et en France


Face aux résultats inhérents à cette politique, des décideurs d’autres pays appellent à la mise en place de mesures similaires. Aux Etats-Unis, Kevin A. Hassett, économiste à l’American Enterprise Institute for Public Policy Research (AEI) a publié un article en faveur de l’instauration des mesures allemandes et défend avec passion les initiatives allemandes : « Même si les différences économiques peuvent être difficiles à expliquer, la résistance remarquable du marché du travail allemand est clairement et directement attribuable à une politique économique spécifique. Les décideurs politiques allemands ont été innovants et habiles. Les Allemands ont découvert un médicament secret qui peut soigner le chômage, ou au moins minimiser sa propagation. Les américains ferraient bien de s’en inspirer. »

En Espagne également, la politique allemande inspire les décideurs. Le Ministre du travail, Celestino Corbacho, a déclaré que « la première mesure qu’il mettra sur la table, dès que le dialogue social sera rétabli, sera de favoriser la possibilité pour les entreprises de réduire le temps de travail quotidien et de faire compenser les baisses de salaire par l’Etat, un système qui a été appliqué avec succès en Allemagne. »

Une politique active de retour à l’emploi

L’étude de BNP Paribas décrypte en détails la politique allemande de retour à l’emploi et revient sur la définition et l’attribution de l’allocation chômage en Allemagne. Depuis 2005, les revenus et le patrimoine du foyer du chômeur sont pris en compte pour estimer l’aide qui lui sera accordée. Pour les personnes en difficulté, un système d’allocation spécifique a été mis également mis en place.

L’étude nous donne un éclairage sur le rôle des agences pour l’emploi allemandes. Ces dernières sont soumises à des objectifs chiffrés et disposent d’une certaine autonomie pour y aboutir. Si une agence publique n’est pas parvenue à trouver un emploi à une personne au chômage à l’issue de six semaines, celle-ci pourra recourir à une société privée qui sera rétribuée en cas de succès.
Le retour à l’emploi est également facilité par des aides accordées aux entreprises pour l’embauche de chômeur longue durée ou de personnes handicapées.

Un taux de chômage des jeunes et des seniors inférieur à celui de la zone euro

Concernant le taux de chômage des jeunes, il est inférieur en Allemagne à celui de la zone euro mais les difficultés vont croissant. Selon la même étude, les entreprises sont en effet peu incitées à recruter des jeunes et des personnes peu expérimentées à cause du contexte de crise. Mais elles disposent d’une large marge de manœuvre pour ajuster l’effectif de jeunes salariés. Leur période d’essai est de deux ans, période durant laquelle l’entreprise peut les licencier et les réintégrer six mois plus tard.

Le taux de chômage des plus de 55 ans a commencé à diminuer à partir de la fin des années 1990, mais a connu une baisse importante au cours des années 2000. L’Allemagne a largement dépassé les objectifs du traité de Lisbonne (2007) de porter le taux d’emploi des 55-64 ans à au moins 50 % d’ici 2010. Selon Eurostat, le taux d’emploi est passé de 38 % à la fin 2000 (35 % pour la zone euro) à presque 57 % au deuxième trimestre 2009 (46 % pour la zone euro et seulement 38 % pour la France).

Depuis 2006, les entreprises ont désormais la possibilité, sans justification, de proposer des contrats à durée déterminée de cinq ans pour les plus de 52 ans et en chômage depuis plus de quatre mois. Les seniors sont d’autant plus incités à rester sur le marché du travail que les conditions de départ à la retraite se sont durcies. L’âge de départ à la retraite doit ainsi passer de 65 ans à 67 ans d’ici à 2029 (une personne pourra cependant bénéficier d’une pension complète à partir de 65 ans si elle a cotisé pendant 45 ans).

Il apparaît que le marché du travail allemand, grâce à des mesures antérieure à la crise, de flexibilité sur les rémunérations et les temps de travail (lois Hartz I et II), s’est finalement peu dégradé au regard de l’effondrement de l’activité. Les réformes du marché du travail menées ces dernières années devraient également, selon Catherine Stéphan, permettre à l’Allemagne de profiter progressivement du retour de la croissance chez ses principaux partenaires commerciaux. L’Allemagne apparaît ainsi sur la scène mondiale comme l’un des exemples à suivre…


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1RÉACTION
BONNETCHRISTOPHE

Madame Stephan, spécialiste de l’Allemagne, indiquait déjà en août les tendances positives de l’économie allemande. Voir son entetien sur easybourse
http://www.easybourse.com/bourse/interview/catherine-stephan-bnp-paribas-1620
Depuis les choses se sont nettement mises en place de ce côté du Rhin. Il serait intéressant de lui demander si elle arrive à faire un parallèle avec la France : les réformes entreprises (création de pôle emploi, recours au secteur privé dans le placement des demandeurs d’emploi, rupture à l’amiable des contrats de travail, mesures de chômage partiel etc.) tirent-elles l’économie française dans la même direction ?