Allemagne, Japon: étude des formes atypiques d’emploi
Bien avant l’arrivée de la crise, les formes atypiques d’emploi ont pris une importance croissante dans les pays de l’OCDE : contrats à durée déterminée, intérim, temps partiel… A tel point que cette forme d’emploi est devenue un sujet au cœur des discussions académiques mais aussi politiques. L’institut japonais de l’emploi (JIL) publie un travail de recherche comparant les pratiques en la matière au Japon et en Allemagne.
Ces formes d’emploi, bien qu’étant source de flexibilité pour les entreprises et les salariés, sont considérées en général comme des emplois « inférieurs » et plus risqués, notamment du point de vue de la rémunération et de la sécurité de l’emploi. Partant de ce constat, les chercheurs ont décidé de comparer deux pays, l’Allemagne et le Japon, afin d’enrichir leur point de vue sur les fondements et perspectives de ce phénomène. En effet, ces deux pays font face à des défis similaires concernant l’offre et la demande sur le marché de l’emploi, et leur analyse permet de sortir du cadre commun du modèle anglo-américain.
Après avoir passé en revue les similitudes des marchés de l’emploi entre les deux pays, les chercheurs rendent compte des différentes définitions et formes d’emploi typiques et atypiques existant dans chacun d’eux. Ainsi, dans les deux cas, il n’existe pas de fondement légal définissant l’emploi atypique, ce phénomène s’étant originellement construit par opposition à l’emploi standard.
De nouvelles formes d’emploi, de nouveaux défis
Bien que faisant face à des défis similaires en matière d’emploi, l’analyse des réglementations nationales fait ressortir des caractéristiques propres à chaque pays. Par exemple en matière de temps partiel, les salariés allemands ont le droit de passer d’un contrat à plein temps à un contrat à temps partiel, sans faire l’objet de discrimination de la part de l’employeur. Le mouvement inverse n’est néanmoins pas prévu par la loi. Mais afin de pourvoir les emplois vacants, les employeurs allemands sont incités à donner la priorité aux salariés à temps partiel qui souhaitent étendre leur temps de travail. Les chercheurs constatent que ce type de droit n’existe pas au Japon.
Aussi, en matière de contrat à durée déterminée l’étude montre qu’il existe un écart législatif important entre les deux pays, le Japon ne spécifiant pas, à proprement parler, de durée à un contrat de travail. La tradition japonaise de l’emploi à vie connaît toutefois certains assouplissements, notamment vis-à-vis des personnes dotées de compétences spécifiques ou des seniors. Dans ces cas précis, la durée d’un contrat de travail peut être fixée à cinq ans maximum, et celui-ci peut être renouvelé à volonté. De plus, seuls les employés ont le droit de mettre fin à leur contrat temporaire. Dans l’ensemble, les chercheurs estiment que sur ces types de contrats l’approche allemande se base plus sur l’égalité de traitement et de salaire, tandis que le Japon adopte une approche plus différenciée voire discriminante.
En dépit des différentes législations et des traditions de chaque pays, l’étude montre que les deux pays connaissent une évolution similaire en faveur des formes atypiques d’emploi. Dans les deux nations, l’emploi à temps partiel apparaît être la forme la plus courante d’emploi atypique, ce type d’emploi devenant même la nouvelle norme pour les femmes. Par ailleurs, les employés occupant des postes à contrat atypique sont globalement plus désavantagés que ceux avec des contrats « typiques ». Mais, face aux mutations en cours dans chacun des pays (démographie, vieillissement de la population, …), les décideurs économiques devront, selon les auteurs, veiller à créer plus d’égalité entre le nombre grandissant de personnes occupant des emplois atypiques – soit principalement des femmes– et les personnes occupant des emplois réguliers – principalement des hommes.
L’Institut Japonais du Travail (JIL) (http://www.jil.go.jp) mène des projets de recherche sur les politiques et les sujets liés à l’emploi, tant au niveau national qu’international, et participe à la mise en œuvre des programmes de formation pour les fonctionnaires de l’administration.
Le Dr. Hartmut Seifert est spécialiste des politiques et marchés du travail pour la Fondation Hans Böckler (WSI). Il a notamment travaillé sur la flexibilité et la sécurité de l’emploi.
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