Flexibilité et réforme du marché du travail en Espagne
Crédits photos : AFP
Avec un taux de chômage de 20 % au premier trimestre 2010 et la pression du FMI, une réforme du marché du travail en Espagne se faisait de plus en plus urgente. Des chercheurs de trois universités espagnoles, Juan J. Dolado, Florentino Felgueroso et Marcel Jansen, s’étaient déjà penchés sur la question de le flexibilité du travail et de sa perception au sein de la population espagnole.
Mercredi 16 juin, le gouvernement espagnol a approuvé une réforme du marché du travail, visant à dynamiser le marché du travail et de l’emploi, selon les mots du ministre du travail, Celestino Corbacho. Approuvée par le conseil des ministres, ce texte est entré en vigueur jeudi. Un semaine plus tôt, les syndicats et le gouvernement n’avait pas réussi à se mettre d’accord sur un texte commun, et le gouvernement avait décidé, à la suite de ce désaccord, de proposer sa propre réforme. Il généralisera notamment un contrat à durée indéterminée donnant droit à des indemnités de licenciements moindres, limiter le recours aux contrats temporaires et introduire plus de flexibilité horaire dans les entreprises. Pour Jose Luis Rodriguez Zapatero, cette réforme vise à induire plus de flexibilité au sein des entreprises, afin de prévenir au maximum les licenciements. L’Espagne a d’ailleurs enregistré une baisse de son taux de chômage pour le mois de juin, passant sous la barre fatidique des 4 millions (3,98 millions pour le mois de juin 2010).
Une réforme du marché de l’emploi attendue
Dans l’étude de Juan J. Dolado, Florentino Felgueroso et Marcel Jansen, ces derniers partent du constat que l’économie espagnole, actuellement en récession, se heurte à des défaillances du marché de l’emploi, notamment en raison de l’inefficacité de sa réglementation. Il y a cependant urgence pour les chercheurs qui estiment qu’une des conditions essentielles pour une réforme du marché du travail doit être d’éliminer la segmentation qui existe sur le marché du travail entre les travailleurs permanents et les travailleurs temporaires. Pour cela, ils s’appuient sur une analyse en termes d’ « insiders » et d’ « outsiders » pour appréhender les conflits d’intérêt sous-jacents à toute réforme.
La flexibilité du travail au centre de conflits d’intérêts
Ainsi, l’étude montre que les résistances et oppositions à d’éventuelles réformes du marché du travail s’expliquent par des conflits d’intérêt entre des groupes d’individus ayant des préférences différentes sur la flexibilité du travail. Il existe une différence importante d’opinion sur la réforme du marché du travail entre des groupes définis d’individus : d’un côté, les étudiants, jeunes salariés avec des contrats saisonniers, qui se positionnent plutôt en faveur d’une plus grande flexibilité du marché du travail, et de l’autre, les travailleurs plus âgés, qui occupent des contrats permanents, et qui sont réticents à toute forme de changement.
Dès lors, les auteurs indiquent que l’introduction d’une plus grande flexibilité en matière d’embauche et de licenciements pour les chômeurs et les nouveaux entrants (les outsiders), sans altérer les conditions, plus rigides, des travailleurs plus âgés (insiders), serait en mesure de faciliter l’acceptation de ce type de réforme. Ils estiment ainsi que l’efficacité et l’acceptabilité politique d’une réforme du marché du travail en Espagne doit au préalable passer par une réduction définitive de la dualité entre contrats temporaires et contrats permanents, sans réduire le niveau de protection actuel de l’emploi.
Juan J. Dolado est professeur au département Economie de l’Université Carlos III, à Madrid.
Florentino Felgueroso est professeur au département Economie de l’Université d’Oviedo.
Marcel Jansen est professeur associé à l’Université autonome de Madrid.
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